O.M.A.T.

De la Stricte Observance au Rite Ecossais Rectifié – part 5

V. Epilogue.

Willermoz vit-il jamais exécuter son dernier rituel? On peut en douter. Le Rite  Rectifié ne se remit jamais des événements révolutionnaires qui virent la disparition  des institutions fondées avant 1789. Certes quelques loges ranimèrent le flambeau,  à Marseille, Avignon, Paris et, surtout, Besançon mais leur existence fut éphémère  ou sporadique. Cambacérès, chef de la maçonnerie française sous l’Empire, accepta  la Grande Maîtrise du Rite en 1809 mais ce fut là un geste de pure forme.

Willermoz  remit à la Préfecture de Neustrie (Paris) cahiers et rituels en 1808 mais celle-ci ne  survécut guère à cet envoi. Lorsqu’il mourut, le 29 mai 1824, ne subsistaient que le Grand Prieuré d’Helvétie, fondé en 1779, et celui de Bourgogne, reconstitué à  Besançon en 1817, tous deux appartenant à la V° Province.

Après quelquesannées de léthargie, le Directoire de Bourgogne fut réveilléà  Besançon le 5 avril 1840, peu avant la reprise des travaux (5 juin) de la loge “La  Sincérité et la Parfaite Union” qui s’unit le 26 septembre 1845à la “Constante Amitié”  du même Orient. Dépositaires des archives de l’ancien Directoire de Strasbourg, V°  province, cette loge, inscrite aujourd’hui encore au tableau du Grand Orient de  France, abandonna par la suite la pratiqueduRiteEcossais Rectifié, pour ne la  reprendre qu’en 1937.

De nos jours, les deux seules filiations légitimes du Rite sont le très irrégulier Grand  Orient de France et le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, obédience-mère des  Grands Prieurés actuels , qu’ils soient “des Gaules”, “de France”, “d’Amérique” ou  “de Belgique” [12].

VI. Conclusions.

Mon récit s’arrête là car les péripéties ultérieures renvoient sans plus à l’évolution  idéologique et obédientielle des XIX° et XX° siècles. Une seule mérite d’être citée : la  décision du Directoire du Grand Prieuré d’Helvétie de scinder le quatrième grade en  “maître écossais” et “maître parfait de Saint André” (29 novembre 1893). Cette  partition qui allège le pesant rituel de 1809 s’accompagna aussi, heureusement, de la  suppression des remarques désobligeantes, voire outrageantes, à l’égard des Juifs (  également expurgées des rituels en usage de nos jours en Belgique).

Les rituels du Rite Ecossais Rectifié furent élaborés en quelques vingt-quatre  années, de 1775 à 1809, qui virent un travail intense et une mise en place  laborieuse. On peut y distinguer quatre étapes essentielles : les rituels de Lyon, ceux  de Wilhelmsbad, la version “courte” de 1785, la version “longue” de 1788, cette  dernière caractérisée par une imprégnation martinéziste qui devait culminer dans le  rituel de 1809. Rien n’empêcherait, aujourd’hui, les loges rectifiées de choisir l’un ou  l’autre de ces rituels successifs, tous conformes à un moment de la pensée du  fondateur.

L’empreinte d’un seul homme, Willermoz, donna à toute cette entreprise une  cohérence que peuvent lui envier bien des Rites maçonniques. Convaincu que la  maçonnerie devait enseigner des “vérités essentielles”, il les trouva, ou crut les trouver , dans l’enseignement de Martinez de Pasqually. Ainsi instruit, il n’eut de  cesse qu’il ait imprégné l’institution maçonnique de ce martinézisme, allusif dans les  grades bleus, apparent dans les discours et l’Instruction finale du quatrième grade,  avoué dans les Instructions secrètes de la Profession. Reconnaissons qu’il sut  habilement se servir de la tradition maçonnique française pour communiquer un message théosophique qui lui était étranger.

Mais si le martinézisme est sans conteste la ligne directrice de la réforme, la  structure du Rite reste celle de la maçonnerie ordinaire, c’est à dire une adaptation  plutôt réussie de l’héritage britannique. Heureusement d’ailleurs puisque cela seul  justifie qu’il ait sa place au sein de la maçonnerie régulière. Nous pouvons sans  crainte poser la prémisse suivante : le Rite Rectifié est une forme parmi d’autres de maçonnerie traditionnelle qui s’en distingue par un apport doctrinal extra-maçonnique  dont chacun fait ce qu’il lui plaît, Martinez n’étant ni un juge infaillible ni, a fortiori, un Père de l’Eglise.

Le christianisme du Rite, si souvent allégué, est, à mes yeux, un faux problème.

Certes Willermoz était un chrétien dévot et un catholique engagé, ce que n’étaient ni  Martinez ni Saint-Martin, chrétiens eux aussi mais bien peu orthodoxes. Les rituels qu’il rédigea s’en ressentirent malgré le soin qu’il mît à les rendre acceptables aux  luthériens de Strasbourg et d’ailleurs. Vu le personnage, on ne peut s’étonner  d’affirmations écrites sous l’Empire telles : “Les Juifs, les mahométans et tous ceux qui ne professent pas la religion chrétienne ne sont pas admissibles dans nos loges”  (Instruction finale du quatrième grade) ou encore “L’institution maçonnique, tous les  faits le démontrent, est religieuse et chrétienne” (lettre de 1814-1815, in cahiers  verts, n°10-12, 1992, pp. 241-268). Willermoz était un homme de son temps, d’une  époque où les Juifs n’étaient que tolérés dans la société. Rien ne sert de le lui  reprocher, n’est pas l’abbé Grégoire qui veut ! Remarquons plutôt qu’il fallut 1809  pour que soit explicitée une exclusion jusque là tacite. Outre une radicalisation due à  l’âge que j’appellerais volontiers le syndrome de Jean Barrois, j’y verrais plutôt la réaction à une situation nouvelle qui rendait plausible ce qui était autrefois  impensable : la candidature d’un Juif à l’initiation maçonnique. N’avaient-ils pas enfin  acquis, en 1791, ce droit de cité que l’Ancien Régime leur avait toujours refusé?  Les oeillères et les petitesses du patriarche lyonnais, pour compréhensibles (je ne  dis pas excusables) qu’elles soient, suffisent en tout cas pour que nous refusions,  sans crainte d’altérer la “tradition”, des affirmations aujourd’hui inacceptables même  pour l’Eglise de Jean-Paul II. Certains affirment, certes, que le Rite Rectifié est  chrétien dès le premier grade et ne peut accepter que des chrétiens à l’initiation.

Cette évidence découlerait du contenu des rituels, sans même qu’il faille insister sur  la personnalité de son rédacteur. Or les rituels symboliques , si on veut bien les lire  naïvement, ne disent rien de tel. Ils sont d’abord des rituels maçonniques entièrement basés sur la construction du temple de Salomon et sa réédification par  Zorobabel, sans contenu intrinsèquement chrétien.

La clause de “fidélité à la Sainte Religion Chrétienne” de l’obligation [13], le nom de  baptême du candidat et celui de son père (question qui revient à exclure les  convertis, un comble même à l’époque), la question d’ordre concernant la religion  chrétienne (introduite après Wilhelmsbad) sont des ajouts de surface qui ne  changent rien ni au fond des rituels ni à leur “efficacité” initiatique, ni même à  l’économie générale du système comme le démontre à satiété l’usage constant des  loges Rectifiées belges qui les ont supprimés depuis l’introduction du Rite dans ce  pays. L’exposition de l’évangile de Saint Jean est une constante de la maçonnerie continentale depuis son introduction en France et ailleurs (14) [14]. Quant aux prières  elles ne présentent aucun caractère confessionnel et peuvent être prononcées par  tous. Qu’en conclure sinon que les grades bleus rectifiés sont exclusivement “vétérotestamentaites”  comme leurs homologues du Rite Moderne Belge ou du Rite Anglais  (ce qui bien sûr n’interdît à personne d’en faire une lecture chrétienne, comme c’est  depuis toujours le lot du Pentateuque ou de ce merveilleux chant d’amour charnel qu’est le Cantique des Cantiques). Willermoz lui-même l’admit dans une lettre  adressée à Bernard de Türckheim (8 juin 1784, in Renaissance Traditionnelle,  26:285, 1978) : “Vous ne pouvez nier que les trois premiers grades ne peuvent présenter que des  emblèmes et des symboles…tous fondés sur le temple de Jérusalem ou l’Ancien  Testament qui lui-même est fondé sur la Loi écrite ou religion révélée qui a succédé  à la Loi ou religion naturelle, lesquelles sont désignées dans nos loges par les deux  colonnes du vestibule”.

L’Instruction finale de 1809 ne dit rien d’autre :  “Tout ce que vous avez vu jusqu’à présent dans nos loges a eu pour base unique  l’Ancien Testament et pour type général le temple célèbre de Salomon à Jérusalem  qui fut et sera toujours un emblème universel”.

Avec le quatrième grade apparaît une autre dimension. Le tableau final est la  première référence chrétienne univoque qui soit présentée au maçon rectifié dans le  corps d’un rituel, et non dans une glose connexe ou un commentaire parallèle.

Rien  là que de très normal puisque ce tableau “dont l’explication est si facile figure pour le  maçon le passage de l’Ancienne Loi qui a cessé à la Nouvelle apportée aux humains  par le Christ” (Instruction finale). Le message est clair. Si les grades bleus sont  “vétéro-testamentaires” et maçonniques, ce cycle est clos par le quatrième grade qui annonce ou plutôt ouvre le cycle chevaleresque chrétien. Les deux Ordres,  maçonnique et équestre, articulés par un grade de transition, sont distincts comme le  sont le Craft britannique et l’Ordre des Knights Templar (ou du Red Cross of  Constantine), articulés par le degré intermédiaire du Royal Arch. Dans les faits, le  Rite Rectifié s’aligne sur la maçonnerie anglo-saxonne qui offre une série de degrés  non-confessionnels et d’autres, chrétiens, ouverts à tous ceux qui en acceptent la  spécificité. Rien n’empêche donc qu’un maçon reçoive les quatre premiers grades du  Rite rectifié et s’abstienne de poursuivre si sa conscience lui interdit d’accepter le  christianisme de l’Ordre Intérieur. N’est-ce pas ce que Willermoz écrivait dans la  lettre déjà citée de 1814-1815 :  “La première des trois question d’Ordre présentée à la méditation du candidat dans  la chambre de préparation est ainsi formulée : quelle est votre croyance sur  l’existence d’un Dieu créateur et Principe unique de toutes choses, sur la Providence  et sur l’immortalité de l’âme humaine, et que pensez-vous de la religion chrétienne?  A cette question le candidat répond librement tout ce qu’il veut et on ne le conteste  nullement. On lui présente les mêmes questions aux deuxième, troisième et  quatrième grades et on ne le conteste point sur ses réponses. Mais au quatrième on  le prévient que le moment est venu de faire connaître franchement ses pensées sur  leur contenu et que ses progrès ultérieurs dans l’Ordre dépendront de la conformité  de ses principes et opinions avec ceux de l’Ordre”.

Le candidat répond donc librement à la question “sans qu’on le conteste”, il peut  exprimer une conviction qui ne soit pas celle de son interlocuteur et néanmoins être  reçu jusqu’au quatrième grade inclus. Qu’espérer de mieux? Son admission dans  l’Ordre Intérieur, seule, dépendra “de la conformité de ses réponses”. Laissons là le  côté déplaisant et inquisitorial du questionnaire, impensable de nos jours (dans les  Ordres chrétiens anglo-saxons, le candidat doit reconnaître une Foi trinitaire sans  que nul ne s’avise de s’informer si elle est “conforme” aux principes de l’Ordre),  contentons-nous de l’aveu même s’il est involontaire, ce que je concède volontiers.

Sans doute Willermoz a-t-il mal mesuré ses paroles, n’ayant jamais prévu la lecture  iconoclaste que j’en fais, pas plus qu’Anderson n’a imaginé ce que certains feraient  de son “athée stupide” ! Qu’importe si, dans une intuition prémonitoire, le lyonnais a  laissé échapper un propos qui, aujourd’hui, permet la pratique harmonieuse d’un des  Rites les mieux conçus que la maçonnerie connaisse, en parfaite concordance avec  les principes de la Franc-Maçonnerie régulière .

Résumé.

·         Stricte Observance 1775.

·         Symboles des grades bleus et devises  Lumière en deux temps, “Sic transit Gloria Mundi”  Ecossais vert : quatre lumières, un tableau (Hiram ressuscitant)  Lyon 1776.

·         symbole du 4°grade (lion…)  Lyon 1778.

·         questions d’Ordre  disposition “écossaise” des lumières maximes  Question-test évangile de Saint Jean  omission des pénalités  miroir au 2°  mausolée du 3°  Ecossais : deuxième temple  trois tableaux  Zorobabel  découverte du “Nom” Wilhelmsbad 1782  triangle d’Orient  allumage des flambeaux  prières  nom de baptême et “Sainte religion Chrétienne”  structure ternaire de l’homme  ouverture successive aux trois grades  disparition du mot de maître ébauche du 4° grade (saint André)  Lyon 1785  Phaleg déplacement du flambeau du S.E. au 3°  Lyon 1788  Justice et Clémence  épreuves des éléments  rejet des métaux  vertus cardinales  Lyon 1809 (4°grade)  4° tableau  Saint André discours et instruction martinézistes  Bibliographie.

·         Bernheim A. (1998) : « La Stricte Observance”. Acta Macionica 8 :67-97.

·         Bruxelles.

·         Charrière L. (1938) :”Le Régime Ecossais Rectifié et le Grand Orient de France.

·         Notice historique : 1776-1938″. Paris  Dachez R. (1981) : “Les premiers grades Coens. A propos d’un grade d’Elu (4° grade)”. Renaissance Traditionnelle 71 : 161-192)  Dachez R. et R.Désaguliers (1989-1990) : “Essai sur la chronologie des rituels du  Rite Ecossais Rectifié pour les grades symboliques jusqu’en 1809.” Renaissance  Traditionnelle 80:286-316 ; 81:1-56  Désaguliers R. (1983) :”De la loge-mère de Marseille à la “Vertu Persécutée”  d’Avignon et au “Contrat Social.” Renaissance Traditionnelle 54-55:88-101.

·         Feddersen K.C.F. (1982) : “Die Arbeidstafel in der Freimaurerei”. Quatuor Coronati  n°808 Bayreuth  Granger J. (Eques a Rosa Mystica) (1986) : “La franc-maçonnerie chrétienne et  templière des Prieurés Ecossais Rectifiés”. Paris Joly A. (1938) : “Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie.

·         Jean-  Baptiste Willermoz. 1730-1824.” Lyon  Mazet E.(1985) : “Les Actes du Convent des Gaules”. Travaux de la loge nationale  de recherches “Villard de Honnecourt” 2°série, 11:57-106.

·         “Minutes des Protocoles français tenus à l’assemblée du Convent Général de  Wilhelmsbad en 1782 avec recès original du Convent en langue française et  annexes aux protocoles” (deux volumes) Circulation privée. Bruxelles.

·         Noël P. (1993) : “Genèse et devenir du Rite Français dit Moderne”. Acta Masonica  3:37-76, Bruxelles.

·         Noël P. (1998). « De Stocholm à Lyon. D’un rituel suédois et de l’usage qu’en fit  J.B.Willermoz ». Acta Macionica 8 :99-150., Bruxelles.

·         Steel-Maret E. (1893) : “Archives secrètes de la franc-maçonnerie”. Lyon. Rééd.

·         Slatkine, Paris-Genève, 1985.

·         Thory C.A. (1812) : “Histoire de la fondation du Grand Orient de France”. Rééd.

·         1981, Paris  Van Rijnberck G. (1935-1938) : “Un thaumaturge au XVIII° siècle. Martinez de  Pasqually, sa vie, son oeuvre, son Ordre”. Deux volumes, Lyon.

·         Van Rijnberck G. (1948) : “Episodes de la vie ésotérique. 1780-1824”. Lyon.

·         Var J.F. (1991) : “La Stricte Observance”. Travaux de la loge nationale de  recherches “Villard de Honnecourt” 2°série, 23:15-122  Verval G. (1987) : “La spécificité du Rite Ecossais rectifié”. Nivelles  Remerciements.

·         Je remercie chaleureusement mon ami Frits van Geleuken qui m’a communiqué les  copies des rituels établis aux Convents des Gaules et de Wilhelmsbad (références dans le texte), conservés au fonds Kloss de la bibliothèque du Grand Orient des  Pays-Bas.

·         Légendes des planches :  Pl. 1 : loge d’apprenti de la Stricte Observance. Noter la disposition des chandeliers d’angle.

·         Pl. 2 : tableau du 3° grade (Stricte Observance).

·         Pl. 3 : tableau du 4° grade (Stricte observance) : Hiram sortant du tombeau.

·         Pl. 4 : tableau d’écossais tiré de la divulgation “Les francs-maçons écrasés…” (1747).

·         Pl. 5 : tableau d’apprenti, Rite Suédois, vers 1770.

·         Annexe  N°1 : esquisse du 4° grade adopté à Wilhelmsbad.

Notes

[1] Le Kadosh lui avait été communiqué par son correspondant messin, Meunier de  Précourt une année auparavant (in Steel-Maret, 1893, pp.72-78).

[2] Martinez mourut à Saint-Domingue en 1774.

[3] Charles-Edouard ne fut jamais initié. Une enquête entreprise à la demande du  duc de Brunswick en fit la preuve en 1777. Le prince déclara à l’envoyé du duc que  son père, le chevalier de Saint-Georges, lui avait refusé son consentement. (in  J.F.Var, 1991, p. 31).

[4] A propos de cette Profession, voir entre autres la plaquette de J.F.Var et  G.Verval, “Willermoz et son oeuvre”, 1992. Les Instructions Secrètes de la  Profession furent publiées par P.Vuilaud dans son “Joseph de Maistre franc-maçon”  (1926) et celles de la Grande Profession par A.Faivre en appendice à l”ouvrage de  R.Leforestier “La franc-maçonnerie templière et occultiste au XVIII° siècle” (1970).

[5] Prise à la lettre, cette délibération permettrait aujourd’hui aux Grands Prieurés  Rectifiés la pratique de ces grades, depuis longtemps réservée aux Suprêmes  Conseils du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Les accords tacites existant entre ces  différents corps empêche bien sûr une telle éventualité, du moins dans les pays où  de tels accords existent.

[6] Dans cette lettre essentielle à la compréhension du Rectifié, Willermoz reconnut  avoir rédigé les “Instructions Secrètes” de la Profession, non sans ajouter qu””il ne  voulait absolument pas être reconnu pour leur seul auteur”.

[7] Les principales étaient le doute grandissant concernant la filiation templière de  l’Ordre Intérieur et l’existence des “Supérieurs Inconnus”. La fiction Stuardiste s’était  évanouie après les déclarations du principal intéressé à l’envoyé du duc de  Brunswick  [8] Ce personnage attachant , parent du roi de Danemark, chercha sa vie durant  l’illumination mystique dans toutes les sociétés secrètes de son temps. Prêt à tous  les excès, (il crut un temps être en communication directe avec le Christ), il déclara,  lors de la dernière séance du convent, que le but de la maçonnerie était “la  recherche de Dieu, Jehovah”.

[9] La composition ternaire de l’homme était un de ces points sur lesquels tombaient  d’accord tous les occultistes du XVIII° siècle. La cérémonie d’ouverture d’un temple  Coen débutait par le dialogue suivant :  “Le Souv : M. demande au Conducteur en chef d’Orient et d’Occident,  Quel est le motif qui vous rassemble dans ce lieu?  Le Commandeur d’Orient répond :  Puiss : M., le désir ardent que nous avons d’acquérir ce que nous avons perdu.

D. Qu’avez vous perdu?  R. La connaissance du corps, de l’âme et de l’Esprit ; et de tout ce qui est contenu  dans le macro et le microcosme.

D. Pourquoi êtes vous ainsi déchu de toutes ces connaissances?  R. Par la prévarication de nos premiers parents, laquelle nous a plongés dans les  plus épaisses ténèbres.”  ( “Cérémonies à observer pour les officiers du Temple des Elus Coens”, dossier  Thory, fonds F.M., Bibliothèque Nationale, Paris)  [10] Lors de l’ouverture d’un temple Coen, l’illumination du “Tribunal” était minutieusement décrite. Elle faisait suite à la prière prononcée par le Souverain  maître :  “Illumination.

Ensuite le Souv : M. allume son chandelier et les autres lumières prescrites par les  Statuts Généraux : Il a soin que ce soit de la lumière de la bougie placée sur l’autel à  l’Orient, laquelle ne doit jamais sortir de sa place. Dans les grandes cérémonies, il  prend la bougie qui est au centre de son chandelier à sept branches, en faisant sept  tours, à chacun desquels il prononce +.

Lorsqu’il a fini d’allumer les bougies que son grade, il ordonne aux deux Réaux +  d’aller prendre chacun une bougie, pour continuer l’illumination.

Les deux Réaux + font ensemble une inclinaison, la main droite à l’ordre, et vont,  savoir : celui qui est sur la droite du Souv : M., prendre une bougie du chandelier à  trois branches qui est devant le Commandeur d’Orient ; et le Réaux + qui est à la  gauche, prendre la bougie qui est devant le Conducteur d’Occident ; lesquelles ils  présentent tous les deux au Souv : M., qui les allume à son chandelier à sept branches et les tend aux deux Réaux + pour aller allumer les autels d’Orient et  d’Occident : le Réaux + de la droite, l’Orient ; le Réaux + de la gauche l’Occident.

Après avoir fait, ils reprennent leurs places en s’inclinant vers l’Orient.

Tandis qu’ils reprennent leurs places les surveillants du T(ribunal) s’inclinent tous les  deux vers l’Orient et vont à pas libres allumer leurs lumières à l’autel du Conducteur d’Orient.

Les surveillants du P(orche) font la même cérémonie et allument leur lumière à l’autel  du Conducteur d’Occident.” (“Cérémonies à observer pour les officiers du Temple des Elus Coens”, fonds Thory,  B.N.)  La ressemblance avec l’illumination de la loge Rectifiée est frappante.

[11] A partir d’avril 1785, Willermoz se désintéressa de son système rectifié.

Les  révélations mystérieuses d’un “agent”, écrites sous une inspiration “surnaturelle”,  analogue au sommeil magnétique, retinrent toute son attention. Il fonda la “Société  des initiés”consacrée à l’étude de ces textes et y reçut Saint-Martin. Selon l’agent  inconnu, Tubalcaïn était un personnage détestable, “capable des plus honteuses prévarications en voie charnelle”. Le caractère libidineux du “premier ouvrier en  métaux” ne permettait pas qu’on utilise son patronage. Ce n’est que deux ans plus  tard que les “initiés” devinrent plus critiques, lorsqu’ils apprirent que l’agent n’était  autre qu’une chanoinesse de Remiremont, Marie-Louise de Monspey (Madame de  Vallière). Elle n’en continua pas moins à leur envoyer ses “révélations” jusqu’à la fin  du siècle. Reconnaissons que l’Agent ne faisait que confirmer les affirmations de  Martinez. Le “Traité de la Réintégration des Etres…” distingue deux sortes d’hommes selon qu’ils descendent de Cain ou de Seth. Les premiers sont irrémédiablement  perdus, les seconds susceptibles de recouvrer l'”état glorieux” d’Adam avant sa  chute. Tubalcain appartient de toute évidence à la première catégorie, Phaleg à la  seconde.

[12] Comme pour toute obédience de “hauts-grades”, leur régularité dépend de celle  des Grandes Loges où elles recrutent leurs membres.

[13] Il ne suffit pas d’exiger dans un serment la fidélité à la religion chrétienne (ou  israélite, ou musulmane) pour que l’objet de ce serment devienne chrétien (ou  israélite ou musulman). Imaginez qu’une telle clause soit ajoutée au serment  d’Hippocrate, cela ne ferait pas de la pratique médicale une pratique chrétienne (ou  israélite ou musulmane).

[14] L’insistance sur l’Evangile de Saint Jean vient, me semble-t’il, non de son  contenu “ésotérique” mais plutôt de l’importance toute particulière que lui accordait  l’Eglise catholique d’avant le Concile de Vatican II. Son prologue était exposé durant  la messe et lu par le prêtre après qu’il eût renvoyé les fidèles, quel que soit le jour de  l’année liturgique.


 

Pierre Noël

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